Nos
cousins transalpins vont s’en donner les moyens, en
créant une ligue. Même si les joueurs ne sont
pas tous professionnels, loin s’en faut, ce sont les
structures qui le deviennent. D’abord les membres
des staffs techniques et les coaches sont rémunérés,
ainsi que les joueurs étrangers. Quant aux joueurs
italiens, ils sont simplement défrayés. Mais
dans la plupart des cas, c’est le club par l’intermédiaire
du sponsor qui offre un emploi aux joueurs. Emploi à
horaires aménagés bien sûr, pour permettre
de s’entraîner.
Côté championnat, la fédération
dispose désormais d’un outil à la hauteur
de ses ambitions. Une Série A subdivisée en
Série A1 et A2. Les 8 meilleures équipes de
la botte se retrouvent en Série A1 regroupées
dans deux divisions géographiques, la poule sud et
la poule nord. Tandis que les 16 équipes restantes
échouent en Série A2, regroupées elles
aussi en poules géographiques (Nord, Sud, Est, Centre).
Mais au delà du fait que le championnat présente
un visage acceptable, le plus grand motif de satisfaction
provient du fait que toutes ces équipes répondent
à un cahier des charges imposé, et en grande
partie respecté. Les effectifs dépassent tous
la soixantaine de joueurs, sans compter les équipes
espoirs, obligatoires en Série A.
Au niveau médiatique, on est pas en reste. Un accord
est signé avec la RAI 3 (une des trois chaînes
TV du service public) qui diffuse tous les mardis après-midi,
pendant plus d’une heure, un résumé
de deux matchs qui ont eu lieu le week-end précédent.
Rappelons que la finale 1989, sera suivie en léger
différé par 800 000 téléspectateurs.
Un rêve !
Oui,
mais voilà. Le football italien a eu les yeux plus
gros que le ventre. Aucune politique de financement digne
de ce nom n’a été mise en place. Aucune
recherche de sponsors durables n’a été
faite pour subventionner tout ca. A part les quelques deniers
de Giorgio Armani, le célèbre couturier et
tout premier sponsor de la fédération, les
instances italiennes ne tirent leurs revenus que du CONI
(Comité Olympique). Et c’est trop insuffisant.
Un malheur ne venant jamais seul, l’Italie va connaître
une récession économique terrible, en ce début
des années 90. La situation des clubs n’est
guère plus enviable. Les budgets dépassent
guère le million de francs français de l’époque.
Si pour certains privilégiés, c’est
le sponsor du club qui couvre la quasi-totalité,
comme les Froggs de Legnano (Philips), d’autres, sans
sponsor, connaissent de graves problèmes. Souvent,
en pareil cas, le laxisme et la mauvaise gestion des principaux
dirigeants locaux n’arrangent rien.
Et
c’est la décente aux enfers à la vitesse
grand «V». En 5 ans, tout va s’effondrer.
Ciao les fans, joueurs, équipes et tutti frutti …
. En 1993, on ne compte plus qu’une quarantaine d’équipes
à travers tout le pays et nombre d’entre elles
sont en situation précaires. La finale, n’attire
plus que 1300 personnes. Au point que même la Blue
Team (l’équipe nationale italienne) qui était
une des plus prestigieuses du continent, n’est plus
que l’ombre d’elle même. Fière
de ses deux titres de champion d’Europe (1983, 1987)
et de finaliste en 1985, la Blue Team ne se remet pas de
sa défaite en quart de finale 1989 et de son élimination
du carré d’as européen pour la première
fois de l’histoire, lors du championnat d’Europe
1991.
La
suite de l’histoire va se poursuivre dans l’anonymat.
A l’image du Foot US anglais, qui lui aussi a connu
son époque de gloire avant de s’effondrer,
le football italien va entrer dans une longue léthargie,
dont on peut dire qu’il n’est toujours pas sorti.
Seul motif de satisfaction, un club va réussir à
émerger de ce marasme : les Lions de Bergame. Et
porter haut les couleurs de son drapeau. Oui, mais «faute
de combattants !» diront certains. Et c’est
vrai que le championnat de Série A (Division 1) s’étant
appauvri au fil du temps, les Lions se sont vite retrouvés
seuls à régner. Et le déséquilibre
va s'accroitre entre le club aux légions d’étrangers
(soutenu par un riche argentier) et le reste du championnat.
Une domination dont il faut bien reconnaître quelle
est devenue presque déconcertante, avec les 9 titres
d’affilés des Lions. Un record en Europe !
Dommage,
pour un pays qui avait tous les atouts pour devenir la locomotive
de ce sport sur notre continent. Car qui possède
un grand nombre d’émigrés aux Etats
Unis, capables de faire le lien ? Qui sont les plus grands
passionnés, quand il s’agit de supporter un
club ? Dans quel pays le sport est-il le sujet n°1,
toutes classes sociales confondues ? Si ce n’est l'Italie.
Alors
quelle leçon tirer de cette aventure italienne ?
Sans doute que "popularité" ne rime pas
forcement avec "professionnalisme". Ou que le
professionnalisme ne peut se faire qu'avec une politique
de financement cohérente, côté partenaires.
Le football italien a plus péché par excès
de précipitation que dans la manière. On retiendra
que les italiens avaient compris que le professionnalisme
passait d'abord par la rémunération de l'encadrement
des clubs que par celles des joueurs. Il fallait éviter
à tous prix, pour le salut des clubs, que ce soient
des personnes non rémunérées et donc
non concernées au premier chef, qui président
aux destinées des clubs-entreprises. Car enfin, comment
un sponsor pourrait-il confier son budget à une équipe
dont les dirigeants seraient bénévoles. Une
bonne idée à retenir, même si l'expérience
n'a pas pu aller à son terme.
Belette
- Septembre 2005 |