Vous
me croirez si je vous dis qu'il existait une époque où
les quarterbacks pouvaient être des prodiges sur le terrain
et passer leurs nuits à écumer les nights clubs
de Manhattan, en compagnie de superbes créatures féminines,
chaque fois différentes.
Vous me croirez si je vous dis qu'il existait une époque
où les quaterbacks préparaient leur Superbowl,
en soignant leur bronzage, allongés sur un transat les
doigts de pieds en éventail, dans un club privé
au bord de la piscine.
Eh bien oui, elle a existait ; c'était l'époque
du power flower, de l'homme qui marchait sur la lune pendant
que d'autres rêvaient d'un monde plus fraternel, les cheveux
au vent. Mais c'était surtout l'époque de Joe
Namath, le plus talentueux des quaterback de la fin des sixties.
Joe Namath, c'est un peu un condensé de son époque,
une sorte "d'Austin Power" aux allures d'un Ringo
Starr doublé d'un Julio Eglesias.
Ce Latin Lover, née en 1943, avait commencé sa
carrière de footballeur au lycée. Il persévère
et se retrouve à la fac d'Alabama. C'est là que
son destin va se jouer lorsqu'il croise un certain Knoxx, scout
des Jets. Ce dernier a du flair et n'hésite pas à
sortir le chéquier. Ce sera 427 000 dollars pour trois
saisons. Somme dérisoire maintenant mais qui à
l'époque constituait un véritable pactole. Et
l'investissement va vite se révéler rentable.
Élu rookie of the year en 1965, il fait tomber son premier
record de 4007 yard à la passe, en 1967.

Arrive ce mois
de janvier 1969, où Namath va entrer dans l'histoire
en menant son équipe à la conquête du III
ième Superbowl. Vous allez me dire : "il n'y a rien
d'historique à gagner un Superbowl !". Certes, mais
la façon dont il a fait preuve d'aplomb et de certitude
durant la semaine qui a précédé l'événement,
restera gravé dans les mémoires.
De l'avis de beaucoup, c'était un des Superbowls les
plus déséquilibré de tout les temps.
D'un côté les Baltimore Colts (futurs Colts de
Cincinnati), super favoris et champions de la puissante NFL
et de l'autre les Jets, une piètre équipe de l'ingrate
AFC. Rappelons que la réunification des deux ligues venait
juste d'avoir lieu, trois ans plus tôt. A l'époque,
les mauvaises langues prétendaient que l'AFC était
une ligue de seconde zone, sans envergure. Inutile de vous dire
que les bookmakers ne misaient pas un centime sur les Jets.
Voilà que se pointe Joe Namath, jusqu'à là
assez discret, pour annoncer la défaite certaine des
Colts. La scène se passe lors d'un meeting de presse
devant un parterre de journalistes médusés. "Ce
Superbowl, on va le gagner. JE VOUS LE GARANTIS !".
A la question : "Que pensez-vous du QB adverse (Earl Morall)
?", Natmath répond avec un toupet inoui : "En
AFL, j'en connais au moins quatre qui lui sont supérieurs,
dont moi !".
Trois jours plus tard, il met en application ses paroles en
défaisant les Colts de façon magistrale : 16 à
7. Ces derniers ne réussissant à sauver l'honneur
qu'au dernier moment du match. Pour ceux qui n'auraient pas
encore compris, Namath fait le tour du stade le doigt levé
au ciel : avis aux sceptiques !
Ainsi naquit la légende, racontée encore aujourd'hui
par les coachs américains. Celle de l'équipe donnée
hyper favorite qui se fait croquer par le Petit Poucet. Sorte
de David contre Goliat, version foot us. Ce sera aussi le seul
titre des Jets et la fin de la discrimination contre l'AFL.