Prendre des inconnus, pour
les sous-payer …
Une fois nommé, Schramm va élaborer une stratégie
des plus cynique : Repêcher des athlètes de second
plan, pour mieux les sous-payer.
La liste des joueurs se lisait comme un pot-pourri d’athlètes
de diverses disciplines sportives. Le tight-end (Pete Gent)
et un des corners (Cornell Grenn) étaient des basketteurs
universitaires qui n’avaient pas réussi à
entrer dans la NBA. Un sprinter (Bob Hayes) et un sauteur de
haies (Mike Gaetcher) s’alignaient aux postes de flanker
et de safety. En QB, il embauche Don Meredith, une ex-star universitaire
de SMU.
D’une année à l’autre, et ce malgré
les résultats qui vont être de plus en plus bons,
Schramm va maintenir le plus petit budget salarial de la ligue.
C’est ainsi que des athlètes de la valeur de Bob
Lilly (DT, 61-74 dont 11 Pro Bowls) qui serait plus tard élu
au Hall of Fame, jouaient pour la moitié du salaire de
leurs homologues des autres équipes qui eux, ne valaient
pas la moitié de ce Lilly.
Duane Thomas, le célèbre running des Cowboys,
rapporte dans son journal :
« Tex Schramm : la mentalité d’un maquignon
… Mégalomane – il avait sa propre émission
de télé sur l’équipe … Spécialiste
de la promo… Conservateur à fond, un raciste clandestin
… ». Et Duane sait de quoi il parle après
avoir été viré en 1972, juste pour avoir
demandé la renégociation de son contrat.
Vendre
une belle histoire …
Après avoir emmagasiné une main d’œuvre
pas chère, Schramm a vendu au public une image de marque
: les Dallas Cowboys.
Tout au long de cette aventure, il n’aura qu’un
objectif : vendre son équipe aux médias, peu importe
les résultats. Il va le reconnaître plus tard :
« Toute publicité est de la bonne publicité.
L’essentiel est de ne jamais laisser indifférent
».
Schramm va s’employer à leur donner chacun une
image pittoresque qui puisse séduire le public. Un journaliste
confie : « Avec d’autres équipes, comme les
Bears par exemple, une fois parlé de Butkus et Sayers,
qu’est-ce qu’il vous reste à raconter ? Mais
avec Dallas, j’ai de la matière pour plusieurs
semaines : il y a Mederith qui chante « Honky Tonk Angels
» dans le huddle, Hayes qui coure aussi vite que Carl
Lewis, Garrison le full qui fait du rodéo … ».
La presse va morde complètement dans cette image que
leur vend Schramm.
Un joueur raconte : « Quand schramm parlait de nous, il
parlait se son « produit ». Tout ce qui comptait
pour lui était l’image que l’on pouvait donner.
L’image définissait la personne.
Lors de la victoire in extremis dans la superbowl 1971 (la première),
Schramm profite de l’événement pour inventer
un style à son équipe, des joueurs modestes du
fin fond de l’Amérique qui réalisent l’exploit.
Tous les fans de foot de tous les bleds paumés s’y
retrouvent.
Un
coach comme alibi religieux ….
Cette histoire, c’est aussi celle du coach Tom Landry,
recruté par Schramm et ami personnel. Il sera l’alibi
religieux pour séduire les masses. Ultra-religieux et
de caractère plutôt terne et taciturne, Tom Landry
va être présenté à la presse comme
l’homme aux qualités qui sont à la base
de l’Amérique : le dévouement, la force
intérieure, la foi et l’honnêteté.
Le premier qui tombe dans le tableau est le propre actionnaire
du club : le milliardaire Murchison.
Mais cette image était loin d’être la réalité.
Pete Gent (TE de 1963 à 69) argumente :
« Tom était hyper calme jusqu’au coup d’envoi.
Après, il s’effondrait complètement. C’est
ça qui m’a toujours fait marrer : l’image
qu’on lui octroyait de mec super cool sur les bords de
touche ». Duante dit de lui « Ton Landry : un prestidigitateur
qui se sert de sa foi pour cultiver sa vanité, son avarice
et son pouvoir personnel ».
Faire une
armée, par la peur ….
C’est sous la houlette du président que Tom Landry
va instituer un système de peur généralisée
comme méthode de management. Un maître mot : intimider,
intimider, intimider,… l’esprit autant que les corps.
Avant la Draft, «il me semblait que tous ces joueurs craignaient
d’être repêchés par Dallas …
Le système, chez eux, ressemble beaucoup à l’armée.
On ne vous laisse pas être un individu. C’était
anormal. Leurs joueurs vivaient dans un état permanent
de peur » témoigne un ancien vétéran
de la NFL.
Cliff Harris (SS All-Pro des Cowboys de 70 à 79) : «
Lorsque la fin du contrat approchait, il (Tom Landry) pouvait
être impitoyable. Le système s’alimentait
de l’insécurité des joueurs ». Le
système faisait que même après une victoire
les joueurs se maudissaient d’avoir commis telle ou telle
erreur en quittant le terrain.
Tomay : « On se dressait les uns contre les autres, prenant
des risques lors des entraînements, se tapant dessus pour
faire bonne impression sur Tom et ainsi garder sa place. Chacun
avait sa famille, sa maison à payer. Par poste, un coéquipier
était devenu un ennemi car il se battait pour prendre
le job ».