Une
histoire de football à l’Université
du Texas
C’est
l’histoire d’une saison de football
comme les autres à l’Université
du Texas d’Austin, ou presque comme les autres,
ou peut-être pas tout à fait. L’histoire
d’une saison de plus dans celle longue et
prestigieuse des Texas Longhorns : 115 saisons,
832 victoires, 71.8% de succès, 31 titres
de conférences et 4 titres nationaux, le
dernier obtenu de façon épique lors
d’une confrontation devenue panthéonique
face à USC en janvier 2006.

C’est
l’histoire de joueurs au lourd héritage
sous la houlette d’un entraineur, Mack Brown,
dont les équipes successives n’ont
jamais gagné moins de 9 matchs par saison
depuis sa prise de fonction en 1998 (et au moins
10 lors des 9 dernières années), remporté
deux titres de la Big 12, 3 victoires en bowls BCS
et le titre national en 2005. Cette année-là,
un joueur du nom de Vince Young sortait de dessous
son casque la plus grosse performance individuelle
jamais réalisée lors d’un match
de ce calibre en écœurant à lui
tout seul le rouleau-compresseur de USC et sa flopée
de talents NFL. Cette année-là, un
joueur redshirt du nom de Daniel « Colt »
McCoy observait avec envie depuis la touche le prestigieux
#10 des Longhorns apporter à Texas son premier
titre national depuis 35 ans et la troisième
bague de l’entraineur mythique Darrel K. Royal
dont le Texas Memorial Stadium d’Austin porte
aujourd’hui le nom.
Nouvelle
saison, nouveau QB
L’été
touche à sa fin alors que s’annonce
début septembre la nouvelle saison de College
Football. Les grosses chaleurs sont encore là
sur Austin, la capitale du Texas, et les étudiants
rentrent à peine pour la reprise des cours.
Parmi eux certains ont un objectif supplémentaire,
en plus d’obtenir leur diplôme universitaire
en fin d’année : Chris Hall, Charlie
Tanner, Adam Ulatoski, Jordan Shipley, Sergio Kindle,
Lamarr Houston, Roddrick Muckelroy ou encore Colt
McCoy, ces étudiants là sont quelques
uns des joueurs séniors de l’équipe
de football, ces étudiants là défendent
les couleurs orange-brûlé d’une
équipe de Texas qui rêve de consécration
suprême. C’est l’histoire d’un
groupe de séniors qui veut terminer sur une
bonne note. La meilleure possible, celle d’un
titre national. C’est l’histoire d’une
mission, de la quête d’un Graal, de
l’accomplissement d’une tâche
commencée trois ans plus tôt, à
l’été 2006.

A cette époque
là, le tout jeune Colt McCoy prend ses premiers
snaps en tant que potentiel successeur du désormais
légendaire Vince Young, qui à la surprise
générale vient d’annoncer son
intention de rejoindre les rangs professionnels.
Le staff technique est un peu désorienté,
pris à l’improviste. Mais Colt McCoy
les rassure immédiatement. Il appelle le
coordinateur offensif Greg Davis et lui dit simplement
: « Ne vous inquiétez pas, je serai
prêt ». C’est une histoire de
confiance en soi. Et d’envie. Le quarterback
de la petite ville de Tuscola (700 habitants) n’est
pas attendu par les observateurs, d’autant
qu’il se retrouve en compétition avec
les surmédiatisés Ryan Perrilloux,
qui décidera finalement de signer à
LSU, et Jevan Snead à qui tout le monde tend
déjà les rênes de l’attaque
des Longhorns.
C’est l’histoire
de David McCoy contre Goliath Snead. Pour faire
taire ses détracteurs Colt McCoy travaille
d’arrache-pied, deux fois plus que n’importe
qui, repoussant les limites de la fatigue, exécutant
chaque jeu comme si le poste de titulaire en dépendait
et se perfectionnant peu à peu, snap après
snap, passe après passe, jour après
jour.
C’est l’histoire
d’un dur labeur, de beaucoup d’abnégation
mais aussi d’une continuelle remise en question.
Pourtant, jamais il ne doute d’être
nommé QB n°1 pour la saison à
venir. Et lorsque le perfectionniste Head Coach
Mack Brown le désigne titulaire et que, quelques
mois plus tard, son principal concurrent Jevan Snead
entérine son transfert à Ole Miss,
Colt McCoy sait que la bataille est définitivement
gagnée. Celui que les spécialistes
du College Football considéraient trop petit,
trop frêle, trop lent, pas assez puissant
et pas assez solide tient sa revanche. « J’ai
des amis très proches qui m’ont dit
que je ne jouerai jamais [à Texas] »
avoue-t-il trois ans plus tard.
C’est l’histoire
d’une revanche personnelle, donc, mais dénuée
de toute rancœur. Colt McCoy n’est pas
rancunier. Il savoure modestement et en silence
les fruits de son travail rigoureux et acharné
et de sa victoire sur les médiatiquement
surexposés Ryan Perrilloux et Jevan Snead.
C’est l’histoire de l’effort et
du résultat récompensés à
leurs justes valeurs. C’est aussi l’histoire
d’un rêve qui devient réalité.
Trois ans plus tard, le joueur inconnu de la Jim
Ned High School termine sa saison de junior par
une victoire au Fiesta Bowl, sa 32ème en
carrière, et un impressionnant record NCAA
de 76.7% de passes complétées. Cette
victoire en bowl contre Ohio State est la troisième
en autant de participations pour Colt McCoy et le
groupe qui a émergé au lendemain du
titre national de 2006. C’est une histoire
de continuité, d’excellence, de culte
de la victoire.

Un goût
de revanche
Quand
arrive l’automne 2009 Texas n’a qu’une
envie, qu’un objectif, qu’une obsession
: effacer l’affront de la saison passée
qui a envoyé Oklahoma au Big 12 Championship
Game, et par là-même au BCS National
Championship Game, aux dépends des Longhorns
malgré leur victoire sur les Sooners à
la Red River Rivalry. C’est une histoire de
revanche, de vengeance. C’est aussi une histoire
de suprématie, sur la Big 12 et sur le College
Football.
Pour le groupe
senior, c’est l’occasion de frapper
un grand coup, de marquer l’histoire d’Austin
et du Texas Football. Et avec l’ensemble des
Longhorns de remporter un second titre dans l’ère
Mack Brown et de prouver que ce Texas là
peut aussi gagner sans Vince Young. C’est
une histoire de reconnaissance, une histoire d’émancipation.
Et une histoire de foi, de beaucoup de foi. Celle
qui porte ces joueurs du Texas, où seuls
la religion et Dieu ont autant d’importance
que le football. Cette foi que Colt McCoy affiche
sur ses autographes par un verset de la Bible (COL
3:23 Tout ce que vous faites, faites-le de bon cœur,
comme pour le Seigneur et non pour des hommes),
cette foi que me confie un soir Chris Hall aux abords
du Texas Memorial Stadium, cette foi qui unit dans
la prière les joueurs avant chaque match.
Louisiana-Monroe
offert en hors d’œuvre
C’est
devant plus de 100 000 fans que Texas entame sa
saison 2009 dans un Darrel K Royal Texas Memorial
Stadium tout fraichement rénové. Louisiana-Monroe,
offert en hors d’œuvre à des Longhorns
affamés, ne résiste pas à la
déferlante texane et s’incline lourdement.
Texas l’emporte 59-20 dans une rencontre qui
voit Colt McCoy dépasser le cap des 10000
yards à la passe en carrière. Si le
jeu au sol est inconsistant le jeu aérien
fait merveille entre Colt McCoy (21-29, 317 yds,
2 TD, 1 INT) et son compagnon de chambre Jordan
Shipley (180 yds, 1 TD). Les deux compères
se trouvent parfaitement sur le terrain dans une
attaque aérienne particulièrement
bien huilée. C’est une histoire d’amitié
et de confiance aveugle, dans la vie tout comme
sur le terrain. Le match plié depuis longtemps
Texas cède 10 points aux Warhawks sur leurs
deux derniers drives. Malgré la large victoire,
le coordinateur défensif Will Muschamp ne
décolère pas de ce relâchement
intolérable des joueurs remplaçants.
C’est aussi une histoire d’exigence
et de perfection recherchée.
Victoire
inquiétante
Cette
perfection défensive sera quasiment atteinte
une semaine plus tard à Laramie où
les Longhorns atomisent Wyoming 41-10. L’unique
TD des Cowboys est marqué sur un punt bloqué
qui permet néanmoins aux locaux de faire
la course en tête au tableau d’affichage
pendant la majeure partie de la première
mi-temps. Texas réagit néanmoins et
s’offre une promenade de santé lors
de la seconde. Mais le mal est fait, le malaise
installé. La mise en route laborieuse des
Longhorns inquiète. C’est l’histoire
d’un départ en douceur, d’une
montée en puissance progressive pour les
uns, d’un signe flagrant de fragilité
pour les autres.
La réception
de Texas Tech semble donner raison aux seconds.
Malgré la victoire (34-24) l’attaque
de Texas ne marque ses premiers points qu’en
deuxième mi-temps sous la houlette d’un
Colt McCoy très loin de son potentiel heismanesque
(24-34, 205 yds, 1 TD, 2 INT). Tre Newton (88 yds,
1 TD) confirme les bonnes choses entrevues lors
du match précédent tandis que le jeu
au sol vient en aide à une attaque en délicatesse
avec sa composante aérienne. Les rôles
s’inversent par rapport au premier match.
C’est une histoire de support, de soutien,
de complémentarité dans l’adversité.

Avant de
recevoir UTEP
Pour
mettre un terme à toutes les critiques sur
leur jeu, somme toute efficace mais considéré
comme peu séduisant, les Longhorns abordent
leur quatrième rencontre de l’année
avec une application redoublée. C’est
une histoire d’orgueil. Au menu de ce 26 septembre
les cousins du campus d’El Paso, à
la frontière mexicaine. La veille, comme
à leur habitude, certains joueurs se rendent
au Dell’s Children’s Hospital pour y
rencontrer des enfants malades. C’est une
histoire de partage et d’échange, l’histoire
d’un groupe qui rend à la communauté
l’amour dont la communauté l’inonde.
Car c’est une histoire d’amour et de
passion avant tout. Colt McCoy est le premier au
rendez-vous de 12h30 à rejoindre le salon
des joueurs, luxueuse retraite au cœur du bâtiment
de l’Athletics Department aménagée
pour le calme et le repos des joueurs et où
fauteuils en cuirs confortables et écrans
géants encadrent une table de billard jouxtant
un coin cuisine. Un pan de mur expose les casques
NFL des toutes les équipes dans lesquelles
jouent des Longhorns. La liste de ces joueurs est
longue comme le bras. C’est une histoire d’excellence
au plus haut niveau, l’histoire d’une
fabrique à champions, l’histoire de
la réussite exceptionnelle d’un programme.


Le très
cosy salon des joueurs est un endroit fermé,
privé, à l’écart du campus,
niché au sein de l’aile sud du Texas
Memorial Stadium. Au niveau inférieur les
athlètes de tous sports ont accès
à une immense salle de musculation aux équipements
dernier cri. Les joueurs de football disposent quant
à eux de leur propre salle privée
à l’étage qu’ils peuvent
utiliser à loisir à toute heure. On
peut ainsi y croiser Chris Hall s’en allant
pousser de la fonte ou Colt McCoy, serviette autour
de la taille, traversant le couloir pour rejoindre
les douches. Jeunes joueurs sous une pression médiatique
et sportive incroyable, ils n’en restent pas
moins abordables, s’arrêtant volontiers
pour échanger quelques mots. C’est
une histoire de simplicité et de modestie,
c’est aussi l’histoire d’un cocon
protecteur dans lequel tout est fait pour mettre
les joueurs et le programme dans les meilleures
dispositions possibles et les plonger dans l’histoire
et la tradition de la machine à gagner texane.

Partout dans les
couloirs s’affichent les trophées et
récompenses, les inscriptions murales prêchant
la philosophie et les préceptes de jeu, jusqu’à
ces cornes de vache Longhorn sous lesquelles est
inscrit comme une mise en garde solennelle : «
Don’t mess with Texas ». C’est
une histoire de respect. Et de fierté avec
ces mots qui résonnent dans le couloir qui
mène du vestiaire à la pelouse, dernière
harangue que reçoivent les guerriers texans
avant de rentrer dans l’arène du Texas
Memorial Stadium : « We Are Texas ».
C’est aussi une histoire de famille. Nombreuse.
Nombreuse comme ces dizaines de milliers de fans
qui arborent les couleurs orange-brûlé
et blanche de leur université sous le soleil
de plomb de cette fin septembre quand leurs amis,
leurs camarades de classe, leurs enfants foulent
le terrain sous le regard bienveillant de Bevo,
la mascotte bovine de l’université,
pour croiser les crampons avec leurs cousins de
UTEP.
Dans son petit coin aménagé derrière
la end-zone sud Bevo regarde, impassible, les casques
s’entrechoquer, les épaulières
se frotter, les ballons voler. Il se prête
volontiers aux séances photos qui font la
joie des plus jeunes supporters et des journalistes
mais pense sûrement au confortable enclos
qui l’héberge dans la campagne avoisinante
et où des étudiants dévoués
de l’association Silver Spurs le choient toute
l’année durant.
UTEP anéanti
!
En
attendant de retrouver son oasis de quiétude
et ses camarades à cornes, Bevo assiste en
ce dernier samedi de septembre à l’anéantissement
de UTEP par une équipe de Texas visiblement
décidée à éteindre l’incendie
de critiques qui ravage depuis quelques semaines
les éditoriaux des medias nationaux. La reprochée
lente mise en route offensive n’est déjà
plus qu’un mauvais souvenir à la mi-temps
alors que Texas rejoint les vestiaires avec un score
confortable de 47 à 7.
C’est une
histoire de mise au point, l’histoire d’un
groupe qui n’a rien à se prouver mais
qui doit convaincre. Et lorsque bat la dernière
seconde du match Texas a convaincu : 64-7, 7 TD
offensifs, 53 yards concédés en 51
jeux adverses et un seul TD accordé, sur
un retour d’interception. A trois semaines
du choc contre Oklahoma et avec une semaine de repos
supplémentaire avant de recevoir Colorado,
Texas semble remis sur de solides rails. Mais sous
la surface apparemment redevenue calme règne
un mal encore indéfinissable et qui pour
l’heure semble incurable : Colt McCoy, extra-terrestre
en 2008 et pressenti pour remporter le Trophée
Heisman, peine à trouver ses marques et à
atteindre son niveau de l’année précédente.
En quatre matchs, il a déjà lancé
5 interceptions, autant qu’en 9 rencontres
l’année passée et son pourcentage
de complétion est en baisse.
Bien sûr, n’importe qu’elle équipe
de College Football se contenterait d’un Colt
McCoy à 80% de ses possibilités mais
Texas est Texas et avec un jeu au sol inconsistant
les Longhorns ont besoin de tout le talent de leur
quarterback pour se frayer un chemin à travers
la Big 12 et jusqu’au titre national. C’est
une histoire de perfection, encore une fois, mais
qui en ce début de saison fuit le n°12
de l’attaque texane.

Buffaloes
battu confortablement
La
réception des Buffaloes pour le deuxième
match de conférence n’effacera pas
les doutes et ne ramènera pas la confiance
des supporters en leur attaque et en leur QB. Bien
sûr, les Longhorns l’emportent confortablement
38 à 14 mais ils ne marquent que deux TD
offensifs et sont à nouveau victimes d’un
départ poussif, laissant l’avantage
à la pause à Colorado et ne prenant
définitivement le contrôle des opérations
qu’en seconde mi-temps grâce essentiellement
à une défense intraitable.
Après une
éclaircie face à une vulnérable
équipe de UTEP, Texas est-il retombé
dans ses travers ? C’est une histoire d’un
doute qui s’empare de la Texas Nation, à
une semaine du clash de la Red River Rivalry. Le
choc attendu entre les deux superpuissances de la
Big 12 est aussi la confrontation entre deux des
meilleurs quarterbacks de l’histoire des deux
universités, Sam Bradford coté Oklahoma
et Colt McCoy coté Texas.
Mais après
un peu plus d’un mois de compétition
le duel tant attendu entre les deux prodiges a perdu
un peu de son lustre. Le stratège des Sooners,
blessé à l’épaule lors
de son premier match de la saison, n’est pas
totalement rétabli physiquement et si sa
participation au match n’est pas remise en
question, sa capacité à jouer à
son meilleur niveau reste plus que douteuse. Pour
Colt McCoy la crise de confiance est à son
paroxysme. De son avis même, la constante
pression à laquelle il est soumis, et se
soumet lui-même, et sa quête de perfection
dans la lignée de ses performances de 2008
fragilisent son jeu, l’empêchent d’être
aussi performant qu’il le devrait, qu’il
le pourrait. C’est l’histoire d‘un
homme qui porte sur les épaules tout le poids
des espoirs d’une nation et de ses propres
rêves, l’histoire d’un joueur
qui veut tant bien faire et ne pas décevoir,
l’histoire d’un co-équipier qui
sait ne pas apporter tout ce qu’il peut à
son équipe et qui en souffre.
Alors quand vient
la semaine de préparation du match d’Oklahoma,
Colt McCoy prend du recul pour, comme il dit, trouver
un moyen de sortir du trou dans lequel il s’est
lui-même enfoncé. « J’ai
commencé à m’amuser, à
apprécier ce que Dieu m’offrait la
possibilité de faire, à prendre du
plaisir à jouer avec mes coéquipiers
et à nous retrouver tous ensemble.»
Prendre du recul, s’enlever la pression, penser
à jouer pour s’amuser avant de penser
à gagner… Tant de choses si peu naturelles
pour un compétiteur hors pair de son calibre…
« C’est la chose la plus difficile que
j’ai jamais faite dans ma vie.»

La célèbre
rivalité de la Red River
Le
17 octobre alors qu’une marée orange
et rouge déferle sur le Cotton Bowl Stadium
personne ne sait dans quelles dispositions physique
et mentale sont les deux quarterbacks stars d’Oklahoma
et de Texas. La Red River Rivalry, qui clôture
traditionnellement la grande foire annuelle du Texas
à Dallas, a une fois de plus attiré
par milliers les fans depuis Norman et Austin. A
quelques minutes du coup d’envoi la nombreuse
foule converge lentement et bruyamment vers les
portes du stade entre les stands d’exposition
et de nourriture.
Les chants fusent, encourageant alternativement
Sooners et Longhorns alors que les supporters des
deux camps rejoignent sans heurt les sections du
stade qui leur sont réservées. C’est
une histoire de rivalité sans borne mais
drapée malgré tout de respect. Et
d’amitié parfois, comme celle de ces
petits groupes d’amis qui arborent en toute
paix les couleurs des deux équipes ou comme
celle qui lie dans la vie les deux quarterbacks
aujourd’hui prêts à en découdre
sur le terrain.
A l’intérieur
du stade les tribunes se sont parées d’orange
d’un coté, de rouge de l’autre.
Les 50 yards font office de frontière entre
les supporters des deux équipes, des deux
universités, des deux états. L’hymne
américain qui envahit le Cotton Bowl devenu
subitement silencieux est le dernier lien qui unit
un court instant les deux nations. Quand retentit
le coup de sifflet de l’arbitre il n’y
a plus d’amitié, plus de fraternité,
plus de camaraderie. La guerre vient de commencer
entre les deux états rivaux, elle durera
près de quatre heures et ne fera aucun prisonnier.
Seuls resteront à la fin les pleurs des vaincus
et les rires des vainqueurs. C’est une histoire
de passion exacerbée, d’amour inconditionnel,
de peur de perdre mêlée d’espoir
de gagner.
Pour les Texans
l’enjeu est de taille. L’objectif du
titre national passe impérativement par une
victoire. Pour Oklahoma, dont les espoirs de titre
se sont envolés avec la blessure de Sam Bradford,
il s’agit « juste » de suprématie,
de revanche après la défaite de l’an
passé et surtout de la jouissance incommensurable
que représenterait la ruine de la saison
de Texas. Toutes les pièces sont en place
pour faire de cette Red River Rivalry un autre épisode
épique de la saison et un autre chapitre
mémorable de la longue histoire de la rivalité.

Le grand feu d’artifice
attendu à Dallas accouchera finalement d’un
pétard mouillé. Touché à
son épaule blessée dès le début
du match Sam Bradford regarde depuis la touche les
siens lutter contre une attaque texane décidément
inconsistante et en ce jour guère inspirée.
Colt McCoy, grippé, rend une feuille de statistiques
plus que moyenne (21-39, 127 yds, 1 TD, 1 INT) et
mange par quatre fois la poussière dans son
propre backfield. Avec 8 interceptions et un total
de 228 yards de pénalités le match
est très défensif. Texas l’emporte
16 à 13, limitant Oklahoma à un total
de yards négatif au sol. Comme lors de 10
des 11 dernières rencontres, le match est
gagné par l’équipe qui remporte
la bataille du jeu au sol. Un comble pour ces deux
équipes menées par deux quarterbacks
aux qualités de passeurs exceptionnelles.
Mais malgré la prestation quelque peu décevante,
l’essentiel est là pour Texas : une
victoire qui permet aux Longhorns de prendre un
contrôle quasi-définitif sur la Big
12 South.
Et pour les supporters
une victoire contre le rival de Norman n’a
de toute façon pas de prix. Peu importe la
manière. A l’issue de la rencontre,
alors que les fans de Texas célèbrent
leurs héros du jour, ceux d’Oklahoma
quittent les tribunes en silence. La joie des uns,
la déception des autres sont vécues
de l’intérieur. Bientôt tout
ce petit monde se retrouvera dans les allées
de la Texas State Fair sans qu’aucun incident
n’éclate entre les supporters rivaux.
Les étudiants, les familles, les vieux couples
d’anciens élèves profitent,
toutes couleurs mêlées, des dernières
heures de la foire dans une bonhommie qui ne laisse
aucunement présager de l’intensité
émotionnelle déployée quelques
heures plutôt dans les travées du Cotton
Bowl Stadium.
C’est l’histoire
d’une rivalité qui connait peu d’égale
dans le monde sportif et qui semble reprendre lentement
son souffle après avoir embrasé le
mythique stade de Dallas. Il ne faudra guère
attendre qu’un jour ou deux, et le retour
des fans à Austin et Norman, pour que la
passion reprenne ses droits et que l’on ne
parle déjà plus que du match de l’an
prochain.
Pour l’heure les Longhorns rejoignent Austin
avec une sixième victoire en poche en autant
de rencontres. A mi-parcours ils sont plus que jamais
favoris pour remporter la conférence Big
12 mais quelques écueils restent à
franchir. A commencer par un délicat déplacement
à Columbia pour y affronter Missouri.
Missouri
: une simple formalité
En fait de choc
entre deux prétendants au titre de conférence,
la rencontre entre Longhorns et Tigers tourne à
la démonstration de puissance de la part
d’une équipe de Texas revigorée
par sa victoire contre Oklahoma. Les hommes de Mack
Brown s’imposent haut la main 41-7 marquant
par Jordan Shipley sur leur premier drive pour ne
plus jamais relâcher la pression. Colt McCoy,
débarrassé de ses petits ennuis de
santé, retrouve ses sensations passées
(26-31, 269 yds, 3 TD, 1 INT) derrière une
ligne offensive pour une fois performante tandis
que la défense maintient la prolifique attaque
de Missouri sous les 100 yards et à un petit
TD. C’est l’histoire d’une équipe
dont tout le potentiel semble enfin pleinement s’exprimer,
l’histoire d’une traversée du
désert qui semble prendre fin, l’histoire
d’un groupe qui semble avoir définitivement
vaincu ses démons.
Oklahoma
State : la promenade de santé
Cette histoire
écrit l’une de ses plus belles pages
la semaine suivante à Stillwater où
les Longhorns rendent visite à Oklahoma State
le soir d’Halloween. Grâce à
une défense encore une fois intraitable –
4 interceptions dont deux retournées pour
TD – Texas transforme ce duel au sommet en
promenade de santé. Sans forcer leur talent
offensif les Horns l’emportent 41 à
14 et assoient un peu plus encore leur emprise sur
la conférence Big 12. C’est une histoire
de domination totale et sans partage. Cette même
domination dont faisait montre l’équipe
menée par Vince Young en 2005. Et l’on
se prend à rêver du coté d’Austin
que cette autre histoire peut aujourd’hui
se répéter…
Dans l’esprit de beaucoup le match d’Oklahoma
a marqué un tournant. Il n’est plus
question de départs approximatifs, plus question
de doutes, plus question de malaise. Avec un Colt
McCoy à nouveau en pleine confiance et malgré
un jeu au sol sans véritable leader l’attaque
de Texas a enquillé en deux sorties loin
de ses bases plus de 40 points face à deux
sérieux concurrents au titre de conférence.
C’est l’histoire d’une équipe
qui tourne enfin à plein régime et
qui se donne les moyens de ses grandes ambitions.

La suite
en guise de confirmation
La venue de Central
Florida pour le quatrième et dernier match
hors conférence début novembre est
un résumé condensé des deux
premiers tiers de la saison : départ à
nouveau champêtre (0-0 en fin de premier quart-temps,
14-3 à la pause), jeu au sol répondant
présent sans être une garantie à
toute épreuve (2 TD mais aucune véritable
star dans le backfield), une défense avare
et punitive (151 yards concédés au
total et 3 petits points) et un tandem Colt McCoy
(33-42, 470 yds, 2 TD, 1 INT) – Jordan Shipley
(273 yds, 2 TD) indéniablement le meilleur
du pays. 35-3 au final et la constatation à
laquelle il faut désormais s’habituer
: si Texas n’explose pas hors des starting-blocks
les Longhorns gagnent néanmoins leurs matchs
sans jamais être réellement inquiétés.
La seule chaude
alerte contre Oklahoma semble désormais bien
loin et ni Baylor balayé 47-14 ni Kansas
écrabouillé 51-20 ne seront en mesure
de remettre cet état de fait en cause. Pour
illustrer avec brio une saison aux allures parfois
schizophréniques Texas plie son match face
aux Bears avant la mi-temps : 40-0 à la pause
dans une rencontre surtout destinée à
imposer le jeu de course. Auteur de 2 TD la semaine
précédente face à Central Florida,
Cody Johnson récidive avec deux nouvelles
unités et 109 yards au compteur.
Face à Kansas
le jeu au sol est à nouveau anémique
avec un maigre total de 136 yards. Pour son dernier
match à domicile Colt McCoy s’offre
396 yards et 4 TD (32-41 yds, 396 yds, 4 TD, 0 INT)
tandis que les 108 yards en réception de
Jordan Shipley le propulsent en tête du classement
des meilleurs receveurs de Texas sur une année.
Avec ce match gagné contre les Jayhawks,
Colt McCoy signe sa 43ème victoire en carrière,
plus qu’aucun autre QB dans l’histoire
du College Football. C’est une histoire de
records, de Panthéon, de firmament. Une histoire
qui en ce Senior Day offre à Texas le titre
de la Big 12 South, son premier depuis…2005.
Mais si la fête semble totale, les 20 points
lâchés à Kansas ont de quoi
inquiéter : plaquages manqués, pression
sur le QB inexistante, équipes spéciales
en petite forme. Pour l’intransigeant Will
Muschamp, déjà échaudé
par les 2 TD accordés à Baylor en
quatrième quart-temps, la prestation de sa
défense est un motif d’inquiétude.
Inquiétude
toute confirmée lors du déplacement
à College Station en clôture de la
saison régulière pour le match de
la Rivalry Week contre Texas A&M. Dans l’antre
de Kyle Field, au cœur d’Aggieland, les
Longhorns abandonnent 39 points à une équipe
d’A&M bien décidée à
faire chuter les voisins d’Austin. Mais les
invectives des Yell Leaders des Aggies n’y
suffiront pas. Menée par un Colt McCoy des
grands jours (24-40, 304 yds, 4 TD, 0 INT), l’attaque
de Texas passe 49 points à son adversaire
de Thanksgiving pour offrir aux Horns leur 12ème
et ultime victoire de la saison régulière.
Marquise Goodwwin,
déjà décisif avec l’unique
TD de Texas contre Oklahoma, assure définitivement
la victoire des siens sur un retour de kick-off
de 95 yards pour clore la marque et repousser les
Aggies à 10 points. Avec plus de 300 yards
à la passe et 150 à la course, Colt
McCoy devient seulement le 3ème joueur de
l’histoire du College Football à réaliser
cette performance sur un match. C’est encore
et toujours une histoire d’excellence et de
records…
Cette victoire chez le grand rival texan entrouvre
à Texas les portes du National Championship
Game de Pasadena. Le dernier obstacle s’appelle
Nebraska, vainqueur surprise de la Big 12 North
grâce à une défense de fer.
Compte tenu de la récente domination de la
division South sur la conférence Big 12 et
les fessées administrées par Texas
à Missouri et Kansas peu d’observateurs
doutent que cette dernière marche avant la
Californie du Sud soit autre chose qu’une
formidable promenade de santé face à
des Cornhuskers à l’attaque littéralement
inexistante. D’autant que la défense
de Texas est la meilleure du pays, malgré
sa crampe passagère face à Texas A&M
et que le duo Colt McCoy – Jordan Shipley
paraît inarrêtable. Le triomphe des
Horns est annoncé avant même que ne
débute la rencontre. C’est sans compter
sur Ndamukong Suh et la rugueuse défense
de Nebraska…

Face à
Nebraska, pour le titre de la Big 12
Dans le tout nouveau
Cowboy Stadium d’Arlington, la finale de la
conférence Big 12 tourne à un pugilat
défensif. Texas atteint péniblement
la marque des 200 yards (202) handicapé par
une piètre performance au sol (18 yards)
alors que Nebraska enregistre sa plus faible production
offensive en 25 ans (106 yards). Pire encore qu’un
jeu de course déficient, la ligne offensive
des Longhorns ne parvient pas à protéger
Colt McCoy que l’agressive défense
des Huskers envoie 9 fois mordre la poussière.
La médiocre performance qui en découle
(20-36, 184 yds, 0 TD, 3 INT) sonne le glas des
chances du quarterback de Texas au Trophée
Heisman. Mais l’essentiel est ailleurs.
Rapidement menés
3-0 les Longhorns ne parviennent pas à concrétiser
leurs drives offensifs et il faut attendre l’approche
des deux dernières minutes du deuxième
quart-temps pour voir Colt McCoy rentrer dans l’en-but
adverse et permettre à Texas de mener à
la pause (7-6). Au retour des vestiaires la courte
avance des Longhorns augmente de 3 unités
grâce à un FG de Hunter Lawrence et
Texas semble en mesure de définitivement
plier le match lorsque Colt McCoy trouve James Kirkendoll
esseulé derrière son défenseur
avec le champ totalement libre devant lui. Mais
le receveur texan ne parvient pas à maitriser
la balle et une fois encore l’attaque des
Horns est stoppée dans son élan. Faute
d’avoir pu creuser l’écart Texas
voit Nebraska revenir à un point puis passer
en tête (12-10) sur un quatrième FG
consécutif cette fois à une interception
sur Colt McCoy. Avec moins de deux minutes à
jouer,Texas n’a plus le choix : marquer ou
mourir, marquer ou voir son rêve brisé.
Marquer. Toute
la saison durant Mack Brown a insisté pour
jouer à fond les deux dernières minutes
de chaque mi-temps, même une fois le score
acquis. Pour habituer son équipe à
marquer sous la pression, pour habituer ses joueurs
à marquer rapidement. Marquer. En ce jour,
à cet instant, le travail de toute une saison
doit porter ses fruits. C’est l’histoire
d’un exercice maintes fois répété,
maintes fois exécuté et qui prend
subitement une dimension vitale. C’est l’histoire
d’un labeur qui doit être récompensé,
sinon à quoi bon tout le travail, toute la
préparation, tous les sacrifices ? Marquer,
c’est l’unique obsession des onze joueurs
de Texas sur le terrain, de leurs coéquipiers
sur le banc, de leur staff technique sur la touche
et dans les cabines, de leurs milliers de fans dans
les tribunes.
Défendre,
c’est l’unique obsession de leurs adversaires,
défendre pour créer la surprise, défendre
pour gagner la rencontre, défendre pour remporter
le titre de conférence et retrouver une gloire
depuis quelques années perdues. Défendre.
Marquer. C’est l’histoire d’une
confrontation au sommet qui atteint le paroxysme
du suspense et de la tension dramatique. L’histoire
d’une équipe qui va entrer dans la
lumière quand l’autre pénètrera
dans l’ombre. L’histoire d’un
vainqueur et d’un perdant. Et d’une
centaine de secondes à jouer. Pour remporter
la victoire. Pour éviter la défaite.
De ses propres 40 yards, il faut plus d’une
minute trente et une lourde pénalité
infligée à la défense de Nebraska
pour emmener Texas sur les 29 yards adverses. A
portée de FG de la victoire…

Une folle
fin de match
Mais alors qu’il
ne reste plus qu’à utiliser un temps-mort
pour stopper l’horloge et mettre au point
la tactique sur troisième tentative, une
mauvaise communication avec la touche force Colt
McCoy à appeler le snap avec seulement sept
petites secondes à jouer. Et alors que le
quarterback des Longhorns s’extirpe de sa
poche en quête d’une cible les secondes
s’écoulent le forçant à
lancer en touche. Tandis que sa balle termine son
vol derrière tous les joueurs, officiels
et journalistes amassés au bord de la touche
le chronomètre égrène sa dernière
seconde déclenchant l’hystérie
chez les joueurs de Nebraska qui se ruent fous de
joie sur le terrain pour fêter l’inespérée
victoire. Pour les joueurs de Texas qui avaient
abandonné leurs espoirs de titre l’an
passé par une défaite à l’ultime
seconde à Texas Tech c’est l’histoire
d’un cauchemar qui recommence et d’un
rêve une nouvelle fois annihilé…
A moins que… L’arbitrage vidéo
met en évidence une anomalie dans la gestion
de l’horloge : la balle lancée hors
du jeu par Colt McCoy a heurté le sol à
une seconde de la fin du temps réglementaire.
Il faut donc jouer cette dernière seconde
sur laquelle Texas bénéficie de sa
quatrième tentative.
Abasourdis, les
joueurs de Nebraska passent de l’ivresse à
la stupeur, ceux de Texas de la désolation
au soulagement. C’est l’histoire d’un
miracle improbable, d’une deuxième
chance. Et quand Jordan Shipley glisse à
Hunter Lawrence un verset de la Bible (Jérémie
17:7. Béni soit l'homme qui se confie dans
l'Éternel, Et dont l'Éternel est l'espérance)
juste avant le snap de cette tentative de FG décisif,
c’est aussi l’histoire d’une foi
divine qui habite les joueurs d’Austin et
qui fait dire à cet instant que si Dieu aime
le College Football, il porte probablement en ce
jour un maillot orange-brûlé.
Passé si près de la désillusion
totale Texas ne laisse pas échapper cette
seconde chance et si les 46 yards qui séparent
Hunter Lawrence des poteaux semblent être
pour les supporters autant d’années
lumières, le kicker des Longhorns ne tremble
pas et d’un coup de pied décidé
propulse le ballon entre les barres verticales et
par la même occasion son équipe à
Pasadena.
Et avec ce FG salvateur
Texas retrouve la lumière un court temps
éclipsée par le spectre d’une
défaite tant redoutée et finalement
évitée de justesse. Mais l’essentiel
est acquis.
Les Longhorns terminent la saison invaincus et gagnent
leur ticket pour le National Championship Game de
Pasadena pour affronter Alabama au Rose Bowl. Ce
même Rose Bowl, où quatre ans auparavant
Vince Young offrait à Texas le quatrième
titre de son histoire. Et comme en janvier 2006,
Texas ne part pas favori contre le vainqueur de
la conférence SEC qui a corrigé le
champion sortant Florida (32-13).
Mais Texas a pour
lui ses statistiques de 8 victoires et 0 défaites
contre le Crimson Tide. Et l’avantage d’avoir
l’arme absolue dans des rencontres d’un
tel niveau : le meilleur quarterback. Pour Colt
McCoy c’est l’heure de la consécration.
Après quatre années passées
à la tête des Longhorns, après
avoir glané 45 victoires, après avoir
fait mentir tous ses détracteurs et construit
autour de lui une équipe capable d’aller
au bout des ses rêves. C’est l’histoire
de l’aboutissement d’une carrière,
de la récompense aux efforts et aux sacrifices.
C’est l’histoire de longues semaines
de durs entrainements et de tous ces samedis à
savourer le goût de la victoire acquise sous
une pression médiatique hors norme. C’est
l’histoire d’un gamin de 22 ans dont
quatre années de la vie ont été
scrutées, analysées, critiquées
jusqu’à cette finale du 7 janvier 2010
quand tout l’espoir, toute la passion, toute
la déraisonnable folie amoureuse de la nation
texane reposent une dernière fois sur ses
épaules.

En route
pour la finale nationale
7 janvier 2010.
Pasadena. Là où s’est écrite
l’une des plus belles pages de l’histoire
de Texas en 2006. Là où Colt McCoy
et ses coéquipiers ont l’opportunité
de marquer cette histoire à leur tour.
Au pays, à Austin, depuis une semaine tout
semble calme. Mais sous ces apparences tranquilles,
le peuple texan est en ébullition. Les radios
locales ne parlent que de cette finale, analysant,
contre-analysant, anticipant, prédisant,
prévoyant. Les meilleurs spécialistes
nationaux du College Football sont invités
sur les ondes pour donner leur avis sur les chances
de Texas de l’emporter. Les journaux inondent
leurs pages sportives de comparaisons entre les
différentes unités des deux adversaires
: attaque contre défense, jeu au sol contre
jeu aérien, coaching contre coaching. Au
final, et malgré toutes les démonstrations
les plus élaborées, une tendance perdure
: Alabama est le favori du terrain, Texas celui
du cœur.
Dehors, dans les
rues d’Austin, tout est calme. Les étudiants
sont encore en vacances, les plus passionnés
ont pris le chemin de la Californie, terre de la
dernière frontière, pays où
les rêves les plus fous, plus que n’importe
où ailleurs, peuvent devenir réalité.
Il fait froid en ce début janvier à
Austin, les rues sont désertes et la festive
6th Street attend son heure pour se parer d’orange-brûlé
et blanc. C’est l’histoire d’une
ville encore endormie, capitale d’un état
où tout est plus grand qu’ailleurs
et qui voudrait grandir encore un peu. Juste encore
un peu. D’une toute petite marche. A l’autre
bout du pays, les Longhorns s’apprêtent
à affronter le Crimson Tide, joué
favori par la majorité des spécialistes
et tout fraîchement auréolé
du premier Trophée Heisman de son histoire
remporté par son running back Mark Ingram.
Le joueur dont les deux tiers des yards sont gagnés
après contact est l’homme à
abattre pour la sévère défense
des Horns.
Coté texan
l’issue de la rencontre tient dans le bras
droit de Colt McCoy. Un bras qui l’a conduit
au sommet, tout là haut aux portes du Panthéon
du College Football, alors que parti du pied de
la montagne il lui a fallu gagner un à un
ses galons, à force de travail, à
force de labeur, dans un univers qui ne pardonne
pas les erreurs et n’accepte pas la défaite.
Un bras qui a fait de lui le quarterback le plus
victorieux de l’histoire du College Football.
Un bras qui en cette belle soirée californienne
de janvier peut le faire passer du statut de superstar
à celui de légende. Entre lui et cette
gloire éternelle, 60 minutes, quelques centaines
de yards et quelques TD. Et onze joueurs d’Alabama
décidés à le mettre hors d’état
de nuire.
C’est
le drame pour McCoy
Alabama
a les jambes de Mark Ingram, Texas le bras de Colt
McCoy. Et alors que les Longhorns déroulent
leur premier drive le bras de Colt McCoy, ce bras
si souvent décisif, ce bras qui devait le
conduire au firmament après l’avoir
conduit au ciel, le bras de Colt McCoy l’abandonne.
Un sévère plaquage à l’épaule
contraint le QB des Longhorns à quitter momentanément
le terrain pour se faire examiner et soigner. Après
quelques minutes de jeu le coup est rude pour les
joueurs de Mack Brown et tous les fans réunis
au Rose Bowl ou devant leurs écrans de télévision
aux quatre coins du pays.
Commence alors la longue attente, la chasse aux
nouvelles, les caméras qui suivent Colt McCoy
jusqu’au vestiaire, les informations sur son
état de santé, sur les résultats
de son scanner passé dans l’urgence.
C’est l’histoire d’une boule au
creux du ventre, l’histoire d’une angoisse
interminable. Et alors que la saga Colt McCoy bat
son plein hors du terrain et que Texas perd peu
à peu pied dans une rencontre que les Horns
semblaient être en mesure de remporter sous
la houlette de leur quarterback star, la nouvelle
tant redoutée tombe, froide, implacable.
Comme une chape de plomb écrasant jusqu’au
silence assourdissant qui frappe soudainement la
nation texane : malgré son envie et sa détermination
Colt McCoy ne reviendra pas. Son bras ne répond
plus, engourdi et privé de sensation et de
force. Colt Mc Coy ne reprendra pas la partie, son
match est terminé, sa carrière universitaire
est terminée, son rêve de quatre années
vient de s’éteindre dans la lumière
éclatante d’un Rose Bowl qui, en ce
jour de janvier, prend pour lui la couleur orange
des flammes de l’enfer.
Dans les tribunes,
dans les bars d’Austin, les fans sont sous
le choc, abasourdis, abattus. Malgré la qualité
du groupe texan, les chances de victoire viennent
de s’évaporer avec la sortie de Colt
McCoy. De retour sur la touche le quarterback assiste
en silence au vain sursaut de son équipe
puis à sa chute, finale, définitive.
Le titre s’envole vers les prairies d’Alabama
faute d’avoir pu être disputé
à armes égales. Texas n’aura
pas réalisé son rêve et ramené
un nouveau titre national de Pasadena.
Face aux caméras, le regard hagard, le visage
blême Colt McCoy essaie de comprendre ce qu’il
vient de lui arriver. Dieu avait sans doute un autre
plan pour lui et ce soir ne devait pas être
son grand soir. Il sait qu’un jour viendra
où il aura à nouveau l’occasion
d’offrir un titre national à son équipe.
C’est l’histoire d’une confiance
en soi, d’une foi à toute épreuve.
Le champion, blessé dans sa chair, blessé
dans son âme, blessé dans son cœur,
ne vacille pas mais toutes les larmes qui ne coulent
pas de ses yeux perlent dans ceux de ses fans, ceux
des spectateurs ou journalistes qui comme lui ne
comprennent pas l’injustice qui prive le jeune
homme de la récompense ultime de tous ses
efforts passés.
C’est l’histoire d’une déception
sans limite, d’un univers qui s’effondre,
d’une tristesse que rien ne semble pouvoir
apaiser. C’est l’histoire de quatre
longues années passées à rêver
à ce match exceptionnel et d’une fraction
de seconde qui aura privé Colt McCoy du droit
d’en jouir. C’est l’histoire d’une
injustice qui frappe le plus juste des hommes.
Mais il n’est
déjà plus temps de se plaindre ou
de se morfondre. Pour le groupe sénior de
Texas et Colt McCoy, l’avenir est aux billets
verts de la NFL. Pour les autres, une saison se
termine et une autre est à préparer.
C’est l’histoire d’une aventure
qui recommence, d’une nouvelle mission, d’un
nouveau challenge. C’est l’histoire
d’étudiants-athlètes qui repartent
au combat, l’histoire d’une université
qui veut effacer l’échec de 2009 et
rebondir vers le succès en 2010. C’est
une nouvelle histoire de football à l’université
du Texas.