Préambule
(par Belette)
L'intérêt sportif du College Football ne
se limite pas aux récompenses de fin de saison
entre vainqueurs et bien classés. Toute la saison
est truffée de grandes rivalités historiques
(souvent centenaires), géographiques (suprématie
dans un Etat ou une région), certaines religieuses
(confrontation entre Universités confessionnelles)
et même "militaires" (confrontations
entre les 3 académies de l'armée).
On en dénombre plus d'une centaine sur les 773
rencontres de la saison. Elles ont toutes une histoire
différente, bien souvent résumée
dans la genèse de leur trophée. On peut
dire que c'est le "sel" de la tradition du
College Football. C'est aussi un bon moyen de d'offrir
plus d'enjeu pour de très nombreuses équipes
qui ne brillent pas (ou ne brillent plus) au niveau
national. Sorte de compétition dans la compétition.
Un bon moyen aussi d'entretenir la mobilisation des
fans et des médias pour des revenus supplémentaires.
De plus en plus de rivalités portent le nom d'un
sponsor.
Avec le titre national, les 34 trophées des Bowls,
les 12 trophées de Conférences, il y a
toujours quelques chose à gagner pour une équipe.
Le meilleur moyen d'entretenir le culte de la "gagne".
The Stanford Axe
Ce n’est pas la plus vieille rivalité
du College Football (Harvard-Yale débutée
en 1875) ni la plus disputée (LeHigh-Lafayette
et ses 144 matchs) ni même celle qui remet le
plus vieux trophée à son vainqueur (Arizona-Arizona
State). Ce n’est pas non plus la rivalité
la plus fameuse (le Game Michigan-Ohio State ou l’Iron
Bowl Alabama-Auburn détiennent probablement cet
honneur) mais les rencontres entre Stanford et California
sont sans doute ce qui se fait de mieux sur la Côte
Ouest des États-Unis par l’histoire qui
a marqué le Big Game et son trophée la
Stanford Axe.

D’un coté l’université
publique la plus cotée des États-Unis
nichée au pied des collines de l’est de
la Baie de San Francisco. De l’autre l’une
des universités privées les plus réputées
des USA installée luxueusement au cœur de
la Silicon Valley et dotée, excusez du peu, du
meilleur programme athlétique du pays tous sports
confondus. D’un coté les California Golden
Bears de Berkeley, de l’autre le Stanford Cardinal
de Palo Alto.
Entre les deux, San Francisco, sa baie et ses ponts
mais surtout un match mémorable achevé
en 1982 par The Play, le jeu le plus hallucinant de
l’histoire du College Football, et un trophée
dont les péripéties post-natales feraient
pâlir les meilleurs scénaristes d’Hollywood.
L’actuelle Stanford
Axe est une tête de hache déposée
sur une plaque sur laquelle sont inscrits les résultats
de toutes les rencontres disputées entre les deux
équipes.Depuis 1933, année de la première
rencontre impliquant le trophée, Stanford mène
38 à 32 avec 3 matchs nuls. La série entre
les deux universités date quant à elle de
1892 et Stanford mène 52-40-10.
A l’origine,
la hache était une véritable hache de bûcheron
et fut utilisée pour la première fois lors
d’une série de trois matchs de baseball entre
Cal et Stanford le 15 avril 1899. Deux jours auparavant,
les meneurs de chant de l’université de Stanford
avaient présenté la hache au rassemblement
d’avant match. Ils cherchaient un emblème
de ralliement pour motiver les supporters du Cardinal
malmenés par de trop nombreuses récentes
défaites contre le rival de Berkeley.
Lors du match de baseball, les fans de Stanford utilisèrent
la hache pour découper des rubans jaunes et bleus,
les couleurs de California, au son du Chant de la Hache
:
Give’em
the axe, the axe, the axe !
Give’em the axe, the axe, the axe !
Give’em the axe, give’em the axe,
Give’em the axe, where ?
Right in the neck, the neck, the neck !
Right in the neck, the neck, the neck !
Right in the neck, right in the neck,
Right in the neck !
There !
que l’on pourrait
traduire par « Donnez leur un coup de hache / Où
ça ? / En plein dans le cou ». La démonstration
peut vite fait d’irriter les supporters des Golden
Bears et même la victoire ne suffit pas à
apaiser la tension qui monta à l’issue de
la rencontre disputée dans le centre de San Francisco.
A l’issue de
la partie, une bagarre éclata entre supporters
des deux équipes et ceux de Cal s’emparèrent
de la hache. S’ensuivit une course poursuite effrénée
dans les rues de San Francisco, la hache passant dans
les mains successives de plusieurs étudiants de
Berkeley, police et étudiants de Stanford à
leurs trousses.
Dans sa chevauchée fantastique la hache fut accidentellement
transmise à deux étudiants de Stanford avant
d’être reprise deux pâtés de
maison plus loin. Pour cacher plus aisément la
hache sous les manteaux, son manche fut scié dans
une boucherie de San Francisco avant de reprendre sa route
vers Berkeley.
Arrivé au ferry, Clint Miller, l’étudiant
de Cal en possession de la hache, fut contraint de ruser
pour éviter les policiers qui fouillaient tous
les jeunes hommes à destination de Berkeley. Le
hasard voulut qu’il croise une ancienne amie à
qui il s’accrocha immédiatement, les deux
tourtereaux de circonstance prenant ensuite le ferry pour
Oakland. La hache rejoignit ainsi Berkeley. Elle passa
sa première nuit dans un coffre-fort et la seconde
sous l’oreiller de l’entraîneur de l’équipe
de base-ball. Le lendemain se tint le premier rassemblement
de supporters consacré à la Hache de Stanford
sur le campus de Berkeley. Pendant les trente et une années
suivantes, la hache fut conservée dans la salle
des coffres de l’American Trust Company au centreville
de Berkeley, ne sortant en voiture blindée que
pour les rassemblements d’avant-match de football
et de base-ball.
Mais en 1930, un groupe
de vingt et un étudiants de Stanford, devenus les
« 21 Immortels », subtilisa la hache lors
de son retour à la banque. Quatre d’entre
eux, se faisant passer pour des photographes et prétendant
vouloir faire des photos de la hache, libérèrent
un imposant nuage de fumée en allumant leurs flashs.
Leurs compères profitèrent du trouble occasionné
pour s’emparer de la hache. Ils utilisèrent
trois voitures pour s’enfuir, chacune prenant une
direction différente.
Une bonne partie des voleurs fut appréhendée
mais la hache retrouva le campus de Palo Alto où
son retour fut dignement célébré.
Pendant les trois ans qui suivirent, la hache resta à
l’abri dans un coffre-fort, attendant que son sort
ne soit décidé par les deux universités.
Finalement, en 1933 les deux parties se mirent d’accord
pour utiliser la hache comme trophée pour le Big
Game. En cas d’égalité, le détenteur
de la hache la conserverait jusqu’à l’année
suivante. Pendant les premières années qui
suivirent cet accord, c’est le Gouverneur de Californie
en personne qui remit le trophée aux supporters
de l’équipe vainqueur.
L’accord trouvé n’empêcha néanmoins
pas les étudiants des deux universités de
multiplier les tentatives de vol. Il y en eu cinq réussies
entre 1946 et 1973 mais à chaque fois la hache
fut retrouvée ou rendue juste à temps pour
le match de football.
En
1979, la plaque comportant les scores de toutes les rencontres
depuis 1933 dut être remplacée, faute de
place disponible. On en profita pour nettoyer la hache
et on y découvrit le sceau original de fabrication,
preuve qu’après ses nombreux vols c’était
bel et bien l’original et non une copie qui constituait
encore le trophée.
En 1982 eut lieu le fameux match qui se termina par The
Play.
Stanford menait 20 à 19 à quelques secondes
de la fin de la rencontre. Sur le retour de kickoff effectuèrent
cinq passes latérales avant qu’un de leur
joueur ne termine sa course dans la end-zone en percutant
un joueur de trombone de la fanfare de Stanford, déjà
entrée sur le terrain pour fêter la victoire.
Les arbitres accordèrent le TD, donnant la victoire
à California. Stanford prétend que l’une
des passes était en fait en avant et que l’un
des joueurs de Cal fut plaqué avant de transmettre
la balle à son coéquipier. Les fans du Cardinal
réfutent donc la victoire de Cal et chaque fois
que la Hache de Stanford est en leur possession ils modifient
le score du match, effaçant le 25-20 à l’avantage
de California pour s’attribuer la victoire 20-19.
Le score officiel, validé par la NCAA, doit néanmoins
être réinscrit sur la plaque avant chaque
nouveau match.
Depuis quelques décennies, la hache n’est
plus victime de vol mais la tension est toujours palpable
entre les étudiants de California et de Stanford
lors de la passation de fin de match. Les deux groupes
d’étudiants responsables de la garde de la
hache se toisent en face à face intime pendant
de longues minutes avant l’issue finale du match.
Autant dire que les vainqueurs du match et de la Stanford
Axe ne se privent pas pour chambrer bruyamment leurs adversaires
dépités du jour.
Ce n’est pas la plus vieille rivalité du
College Football ni la plus disputée ni même
celle qui délivre le plus vieux trophée
à son vainqueur. Ce n’est pas non plus la
rivalité la plus fameuse mais les rencontres entre
Stanford et California sont sans doute ce qui se fait
de mieux sur la Côte Ouest des États-Unis.
Depuis plus de soixante-dix ans, la Stanford Axe qui revient
aux supporters vainqueurs du Big Game raconte l’histoire
d’une rivalité qui dépasse le cadre
du football et déchire la Baie de San Francisco
entre deux des plus prestigieuses universités du
pays.
Autres rivalités
et trophées du College Football Il existe une multitude
de rivalités dans le College Football, toute échaînant
chaque weekend d’automne des passions à la
limite du raisonnable. Parmi celles-ci quelques- un des
raisonnent d’une aura particulière : rivalités
centenaires ou reflétant l’âme et l’histoire
des états ou universités qu’elles
mettent aux prises. Certaines n’ont pas encore de
trophée consacré mais ont acquis un statut
unique dans le coeur des fans. Citons notamment la World’s
Largest Outdoor Cocktail Party (1915) entre Florida et
Georgia, le Backyard Brawl (1895) mettant aux prises Pittsburgh
et West Virginia, la Battle of the Palmetto State (1896)
entre Clemson et South Carolina, la Holy War (1896) des
rivaux Utah et BYU ou encore le Tiger Bowl (1901) entre
Auburn et LSU, le Bedlam Series (1900) entre Oklahoma
et Oklahoma State, la Deep South’s Oldest Rivalry
(1892) entre Georgia et Auburn sans oublier le Third Saturday
in October (1901) entre Alabama et Tennessee.
La liste ci-dessous
présente 6 des principales rivalités et
leurs trophées, classées par ancienneté.
Les trophées ne datent pas nécessairement
de la première confrontation et certains ont succédé
à d’autres un temps perdus ou oubliés.
Miami(Ohio)
vs Cincinnati
Trophée (première
confrontation) : Victory Bell (1888) – La Cloche
de la Victoire.

La rencontre entre
les deux équipes de l’Ohio est la plus ancienne
rivalité entre deux équipes de conférences
différentes. La cloche originale était suspendue
au clocher du Harrison Hall de l’université
de Miami et servait à sonner les victoires de l’équipe
de football. Elle devint le trophée de la rencontre
contre Cincinnati à la fin du 19ème siècle
après que des étudiants de Cincy eurent
« empruntés » la cloche pour la ramener
à Cincinnati.
Minnesota
vs Iowa
Trophée : Floyd of Rosedale
(1891)
L’origine du
trophée, un cochon en bronze, est le résultat
d’un pari entre les gouverneurs des deux états
sur l’issue de la rencontre de 1935 entre les deux
universités. Le perdant (Iowa) offrit un cochon
au vainqueur. Le cochon, né à Rosedale dans
l’Iowa fut appelé Floyd, prénom du
Gouverneur du Minnesota vainqueur du pari.
Iron
Bowl - Alabama vs Auburn
Trophée : Foy-ODK Sportsmanship Trophy
(1893) – Le Trophée Foy-ODK de la sportivité

Le trophée porte
le nom conjoint de James E. Foy et de la fraternité
Omicron Delta Kappa. A l’origine, la fraternité
ODK l’avait proposé comme témoignage
de la bonne entente entre Auburn et Alabama malgré
leur extrême rivalité. Le trophée
a été dédicacé en 1978 à
James E. Foy, représentant des étudiants
successivement dans les deux universités. Le trophée
est remis chaque année par le président
d’ODK de l’université perdante à
son alter-ego vainqueur lors du match entre les deux universités.
Notre
Dame vs USC
Trophée : Jeweled Shillelagh
(1926)
Le "shillelagh"
est une massue de guerre gaélique qui sert de trophée
dans la série de confrontations entre Notre Dame
et USC. A chaque victoire de Notre Dame une émeraude
en forme de trèfle est incrustée dans le
manche tandis qu’un rubis en forme de tête
de troyen est ajouté pour toute victoire de USC.
Les matchs nuls étaient représentés
par un médaillon commun trèfle/tête.
Red
River Shootout - Texas vs Oklahoma
Trophée : Golden Hat Trophy
(1900) – Le Trophée du Chapeau Doré
Le Golden Hat est
l’un des 3 trophées remis au vainqueur de
la fé- roce rivalité de la Red Ri- ver (nom
d’une rivière sé- parant une partie
du Texas et de l’Oklahoma). Le trophée, représen-
tant un chapeau de cowboy est le seul qui soit remis à
l’issue de la rencontre. Il a été
offert par les organisateurs de la grande foire de Dallas
en remerciement aux deux universités pour la tenue
depuis 1929 de leur confrontation annuelle au Cotton Bowl
en apothéose de la foire.
USC
vs UCLA
Trophée : Victory Bell (1929)
– La Cloche de la Victoire
La Victory Bell remise
au vainqueur de la confrontation entre les deux grands
rivaux de L.A. est à l’origine une cloche
utilisée sur une locomotive de la compagnie ferroviaire
Southern Pacific. Initialement offerte aux étudiants
de UCLA par l’association des anciens élèves
de l’université, elle fut dérobée
par les étudiants de USC causant une importante
tension entre les élèves des deux universités.
Après la menace du président de USC d’annuler
la rivalité, la cloche fut proposée comme
trophée de la rencontre. Lors des victoires de
UCLA, la cloche est peinte en bleue, elle est peinte de
rouge lorsque USC l’emporte. La cloche est sonnée
à chaque fois que l’équipe en sa possession
marque. Vous vous demandez sans doute pourquoi ne figure
pas la rencontre entre Ohio State et Michigan. Tout simplement
parce qu'aucun trophée n'est remis au vainqueur
de la rencontre annuelle. Et s'il n'existe pas de trophée,
c'est sans doute parce que ces universités se détestent
au plus haut point. Une animosité exacerbée
par leur proximité géographique d'une part,
qui les met souvent en concurrence au niveau du recrutement,
et aussi car elles jouent dans la même poule, et
que leur match est le dernier de la saison. Pour ces équipes
habituées aux hautes places du Top 25, une défaite
contre le rival est souvent synonyme d'évanouissement
du titre national. De quoi remuer le couteau dans la plaie.
Le seul trophée virtuel que remporte le gagnant
est les "bragging rights", ce qui en anglais
signifie, le droit de se moquer de l'autre … pendant
1 an.
Article de Blaise Collin
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