| Si
l’on devait citer des similitudes entre le football
italien et français, il y en aurait au moins
deux.
La date d’apparition de ce sport dans les deux
pays. C’est en 1981, que Laurent Plégelatte
fonde le Comité de Développement du
Football Américain, en France. Tandis que
se met en place la première Association Italienne
de Football Américain, de l’autre
côté des Alpes.
Le deuxième trait commun entre les deux pays
est moins glorieux puisque c’est l’anonymat
dans lequel va finir par se retrouver le football américain
dans les deux pays, après une montée en
puissance qui laissait penser que ce sport avait sa
place au soleil.
C’est
dans les années 70, que le football américain
fait sa première apparition en terre transalpine.
Pas de championnat national en ces temps immémoriaux,
mais une tournée de deux universités américaines
de petit niveau, qui ne déclenche pas un engouement
immédiat.
Il faudra attendre 1981 pour que se mette en place la
première Association Italienne de Football Américain
(AIFA), sous la houlette du milanais Giovanni Colombo,
président du syndicat national de l’hôtellerie
italienne. A l’époque, l’AIFA ne
compte que 5 équipes. Comme ses voisins européens,
peu nombreux sont les téméraires qui osent
se lancer dans l’aventure.
Mais
subitement, la tentance s’inverse. Sans doute,
à cause du phénomène de nouveauté
ou parce que le contexte économique s’y
prêtait ! Reste que le football américain
va connaître un développement sans pareil.
En l’espace de 5 ans, le nombre de licenciés
va passer de 650 pour 5 équipes, au chiffre incroyable
de 17500 licenciés pour 105 clubs reparti en
trois divisions, fin 1987. Quant au public, les 24000
spectateurs qui s’étaient déplacés
voir un match en 1981 par curiosité ont fait
des petits, puisqu’ils étaient 575 000
en 1987, à être venus encourager une équipe,
au cours de la saison. La finale de 1ère division
(Banalement dénommée « Super Bowl
») a attiré 21000 spectateurs, en 1987.
Cependant
derrière les chiffres, va se cacher une réalité
plus nuancée. Du fait de l’absence de structures
solides, le développement s’est fait dans
un laxisme le plus total. Dans le Nord de l’Italie,
principalement, les équipes étaient composées
d’une trentaine de joueurs et à la moindre
divergence, les contestataires préféraient
créer une nouvelle équipe plutôt
que de discuter. Un mal que l’on croyait pourtant
bien français ! Certes, l’Italie compte
105 équipes, fin 1987, mais peu ou pas organisées,
évoluant avec des moyens quasi-inexistants, pour
certaines. Sans oublier de citer le manque de développement
dans le sud, où peu d’équipes solides
sont présentes.
Pourtant,
les chiffres sont là et le football italien,
fort de son succès populaire comprend qu’il
est temps de s’organiser. Fini l’époque
des pionniers et place à un gestionnaire : Gianantonio
Arnoldi à la tête du football italien.
C’est le grand tournant, est la tentative de professionnalisme,
en cette année 1988.
Nos
cousins transalpins vont s’en donner les moyens,
en créant une ligue. Même si les joueurs
ne sont pas tous professionnels, loin s’en faut,
ce sont les structures qui le deviennent. D’abord
les membres des staffs techniques et les coaches sont
rémunérés, ainsi que les joueurs
étrangers. Quant aux joueurs italiens, ils sont
simplement défrayés. Mais dans la plupart
des cas, c’est le club par l’intermédiaire
du sponsor qui offre un emploi aux joueurs. Emploi à
horaires aménagés bien sûr, pour
permettre de s’entraîner.
Côté championnat, la fédération
dispose désormais d’un outil à la
hauteur de ses ambitions. Une Série A subdivisée
en Série A1 et A2. Les 8 meilleures équipes
de la botte se retrouvent en Série A1 regroupées
dans deux divisions géographiques, la poule sud
et la poule nord. Tandis que les 16 équipes restantes
échouent en Série A2, regroupées
elles aussi en poules géographiques (Nord, Sud,
Est, Centre). Mais au delà du fait que le championnat
présente un visage acceptable, le plus grand
motif de satisfaction provient du fait que toutes ces
équipes répondent à un cahier des
charges imposé, et en grande partie respecté.
Les effectifs dépassent tous la soixantaine de
joueurs, sans compter les équipes espoirs, obligatoires
en Série A.
Au niveau médiatique, on est pas en reste. Un
accord est signé avec la RAI 3 (une des trois
chaînes TV du service public) qui diffuse tous
les mardis après-midi, pendant plus d’une
heure, un résumé de deux matchs qui ont
eu lieu le week-end précédent. Rappelons
que la finale 1989, sera suivie en léger différé
par 800 000 téléspectateurs. Un rêve
!
Oui,
mais voilà. Le football italien a eu les yeux
plus gros que le ventre. Aucune politique de financement
digne de ce nom n’a été mise en
place. Aucune recherche de sponsors durables n’a
été faite pour subventionner tout ca.
A part les quelques deniers de Giorgio Armani, le célèbre
couturier et tout premier sponsor de la fédération,
les instances italiennes ne tirent leurs revenus que
du CONI (Comité Olympique). Et c’est trop
insuffisant. Un malheur ne venant jamais seul, l’Italie
va connaître une récession économique
terrible, en ce début des années 90. La
situation des clubs n’est guère plus enviable.
Les budgets dépassent guère le million
de francs français de l’époque.
Si pour certains privilégiés, c’est
le sponsor du club qui couvre la quasi-totalité,
comme les Froggs de Legnano (Philips), d’autres,
sans sponsor, connaissent de graves problèmes.
Souvent, en pareil cas, le laxisme et la mauvaise gestion
des principaux dirigeants locaux n’arrangent rien.
Et
c’est la décente aux enfers à la
vitesse grand «V». En 5 ans, tout va s’effondrer.
Ciao les fans, joueurs, équipes et tutti frutti
… . En 1993, on ne compte plus qu’une quarantaine
d’équipes à travers tout le pays
et nombre d’entre elles sont en situation précaires.
La finale, n’attire plus que 1300 personnes. Au
point que même la Blue Team (l’équipe
nationale italienne) qui était une des plus prestigieuses
du continent, n’est plus que l’ombre d’elle
même. Fière de ses deux titres de champion
d’Europe (1983, 1987) et de finaliste en 1985,
la Blue Team ne se remet pas de sa défaite en
quart de finale 1989 et de son élimination du
carré d’as européen pour la première
fois de l’histoire, lors du championnat d’Europe
1991.
La
suite de l’histoire va se poursuivre dans l’anonymat.
A l’image du Foot US anglais, qui lui aussi a
connu son époque de gloire avant de s’effondrer,
le football italien va entrer dans une longue léthargie,
dont on peut dire qu’il n’est toujours pas
sorti. Seul motif de satisfaction, un club va réussir
à émerger de ce marasme : les Lions de
Bergame. Et porter haut les couleurs de son drapeau.
Oui, mais «faute de combattants !» diront
certains. Et c’est vrai que le championnat de
Série A (Division 1) s’étant appauvri
au fil du temps, les Lions se sont vite retrouvés
seuls à régner. Et le déséquilibre
va s'accroitre entre le club aux légions d’étrangers
(soutenu par un riche argentier) et le reste du championnat.
Une domination dont il faut bien reconnaître quelle
est devenue presque déconcertante, avec les 9
titres d’affilés des Lions. Un record en
Europe !
Dommage,
pour un pays qui avait tous les atouts pour devenir
la locomotive de ce sport sur notre continent. Car qui
possède un grand nombre d’émigrés
aux Etats Unis, capables de faire le lien ? Qui sont
les plus grands passionnés, quand il s’agit
de supporter un club ? Dans quel pays le sport est-il
le sujet n°1, toutes classes sociales confondues
? Si ce n’est l'Italie.
Alors
quelle leçon tirer de cette aventure italienne
? Sans doute que "popularité" ne rime
pas forcement avec "professionnalisme". Ou
que le professionnalisme ne peut se faire qu'avec une
politique de financement cohérente, côté
partenaires.
Le football italien a plus péché par excès
de précipitation que dans la manière.
On retiendra que les italiens avaient compris que le
professionnalisme passait d'abord par la rémunération
de l'encadrement des clubs que par celles des joueurs.
Il fallait éviter à tous prix, pour le
salut des clubs, que ce soient des personnes non rémunérées
et donc non concernées au premier chef, qui président
aux destinées des clubs-entreprises. Car enfin,
comment un sponsor pourrait-il confier son budget à
une équipe dont les dirigeants seraient bénévoles.
Une bonne idée à retenir, même si
l'expérience n'a pas pu aller à son terme.
Belette
- Septembre 2005
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