Vous
avez commencé votre carrière à l’âge
de 16 ans, est ce que vous vous saviez déjà
si tôt que ce serait le boulot de votre vie ?
Non, pas vraiment ! En fait j’étais un joueur
comme les autres dans l’équipe de mon lycée.
Quand notre coach a du partir faire la guerre, je me suis
retrouvé coach par hasard. On a eu des bons résultats
et j’ai commencé à me dire que ça
pourrait être une bonne manière de continuer
à faire partie d’une équipe quand je ne
pourrai plus être joueur… L’histoire de
toute ma vie c’est ça : J’aime le football
!
Vous avez coaché non seulement des équipes
de foot US mais aussi des équipes de base-ball, de basket,
de hockey et même d’athlétisme, chaque fois
avec beaucoup de succès, est ce que votre méthode
est applicable à tout les sports ?
Je ne sais pas. Probablement. Je crois que le coaching ce n’est
pas une question de méthode ou plutôt que c’est
à chaque coach de trouver la méthode qui lui convient.
Il y a des tas de façons de réussir. Coacher c’est
un peu comme élever ses enfants, il n’y a pas de
règles, chacun fait comme il le ressent et les résultats
dépendent avant tout de votre personnalité, de
faire les choses qui correspondent à ce que vous êtes.
J’ai eu de la chance pour moi ça a toujours été
naturel, c’est un peu un don.
Quant on lit vos « règles », on a
l’impression que c’est un peu comme si vous disiez
à vos joueurs : « jouez au foot comme quand vous
jouiez au foot avec vos copains après l’école
sans vous prendre la tête en vous amusant », c’est
ça le secret Gagliardi ? Redevenir des gamins ?
Oui c’est un peu ça. Quand j’ai commencé
j’étais juste un joueur qui coachait ses copains
de lycée et qui jouait aussi lui même. Personne
ne m’a appris le métier. J’ai fait ce que
j’ai pu avec l’esprit d’un ado qui voulait
s’amuser. Et je crois que c’est resté vrai
pendant tout ce temps la.
Compte tenu de votre succès, comment expliquez
vous que si peu de coaches reprennent vos méthodes ?
Vous savez la plupart des coachs sont d’anciens joueurs
de grandes universités. Il y a souvent une relation père-fils
qui s’instaure entre un coach et ses joueurs et logiquement
la plupart de ces anciens joueurs reprennent les méthodes
de leurs anciens coachs… D’ailleurs j’ai certains
de mes anciens joueurs qui dirigent des équipes de high
school et avec pas mal de succès en général.
Est
ce que vous auriez pu faire aussi bien ailleurs ou est ce que
St John’s était l’environnement parfait pour
vous ?
St John’s est un endroit spécial et j’ai
beaucoup de chance d’être devenu coach ici. Ici
les critères d’admission sont très sévères,
les jeunes qui viennent ici sont tous des « têtes
», ils n’ont pas besoin d’être contrôlés,
on peut leur faire confiance. Ils ne viennent pas pour le football,
nous ne donnons pas de bourses sportives ici, ils viennent pour
étudier. Je n’ai pas les problèmes de certains
coachs des grandes facs qui ont des joueurs immatures, délinquants…
Notre méthode fait confiance aux joueurs et ne leur donne
pas de règles à respecter, les étudiants
qui viennent à St John’s sont parfaits pour cette
méthode car ils n’ont pas besoin de règles,
ce sont déjà de jeunes adultes responsables.
Vous avez probablement eu beaucoup de propositions de
grandes universités non ? Avez vous pensé quitter
St John’s un jour ?
Oui j’en ai eu bien sur mais ça ne m’a jamais
vraiment intéressé, je suis heureux ici. Je suis
un gars de la campagne pas un citadin…J’ai hésité
une seule fois, l’Université de San Diego (Les
Toreros de SDU, Division IAA) voulait que je vienne. C’est
vrai que le soleil de la Californie du Sud ça aurait
été sympa. Mais c’était trop tard,
j’étais déjà trop enraciné
ici, ma vie est ici.
De
quoi êtes vous le plus fier dans votre carrière
?
Le record de victoires évidemment c’est pas rien…
Quelque chose qui m’a fait très plaisir c’est
l’an passé, ESPN a fait un classement des 10 plus
grands coachs universitaires de tout les temps et j’ai
été classé 5ème . Me retrouver classé
au milieu de tout les plus grands, ça m’a fait
un peu drôle…
Que pensez vous de la première division qui reste
accroché à son système de Bowls quand le
système des playoffs fonctionne depuis si longtemps dans
les autres divisions ?
Ils me font sourire. Ils sont toujours à dire «
Ca ne peut pas être fait », comme si ce que nous
faisons nous ce n’était rien, que nous n’existions
pas ! La vérité c’est qu’avec les
bowls il y a 15 ou 20 équipes qui sont contentes en fin
de saison et qui surtout touchent un bon pactole. Avec des playoffs
ils feraient peut être encore plus d’argent mais
les gens n’aiment pas changer quelque chose qui marche
et qui rapporte. Ils ne veulent même pas essayer…
Maintenant que votre saison est terminée, est
ce que vous prenez quelques vacances avant de penser à
la saison prochaine ?
Non pas tout de suite, je prends mes vacances comme tout le
monde ici à la fin de l’année universitaire
au début de l’été. D’ici là
on prépare la saison prochaine et on accueille des lycéens
qui visitent la fac avant de faire leur choix pour leurs études.
Comme on a pas de bourses à leur offrir il faut être
convainquant mais c’est surtout le niveau académique
de la fac qui les pousse à venir ici ! La plupart de
nos étudiants sont originaires de la région, un
rayon de 50-100 miles maximum autour de St John’s. Ca
me fait sourire quand je vois des universités qui recrutent
dans tout le pays, des joueurs qui partent à 3000 miles
de chez eux pour étudier… Il y a des joueurs de
talent partout, dans le moindre petit lycée. Il suffit
de les trouver, de les mettre dans les bonnes conditions pour
réussir c’est tout. Je n’ai jamais manqué
de talents et pourtant c’est la Sibérie ici et
on a pas de bourses à donner !

Vous avez coaché plusieurs générations
de jeunes américains, est ce que c’est plus facile
ou difficile aujourd’hui ?
Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, ici
on est privilégié. Les étudiants qui viennent
ici sont matures, intelligents compte tenu des critères
de sélection de l’Université. Ce sont des
gens bien et les gens bien restent des gens bien quelque soit
l’époque.
Quels
sont les coachs que vous admirez le plus dans le football ?
Oh il y en a des tas, c’est difficile de vous donnez une
liste de noms comme ça ! En tout cas j’ai beaucoup
de respect pour Bud Grant l’ancien coach des Vikings.
C’est un type bien . Il n’a pas eu de chance, perdre
tout ces Superbowls, c’est un peu injuste. En plus deux
de ses fils ont joué pour moi ici et il est très
attaché à cette région comme moi.
J’ai vu qu’il y avait un Damien Dumonceaux
dans votre staff. Il est Québecois ?
D’origine oui ! Mais il a grandi ici. Son père
est prof de math à la fac et Damien a été
un de mes meilleurs DE. Il a eu son diplôme l’an
passé et cette année il préparait le concours
pour entrer en Médecine et il a travaillé avec
nous cette saison comme assistant en défense. C’est
un garçon brillant mais comptez pas sur lui pour venir
coacher en France, avec ses études de médecine
il va être occupé ces prochaines années
! J’ai beaucoup de respect pour les québécois
et les cajuns de Louisiane. Ils ont su conserver leur langue,
leurs traditions. J’aime bien leur style ! Et leur musique
aussi !
Est ce que vous pensez prendre votre retraite un jour
?
Non, absolument pas ! J’ai la chance de faire un boulot
que j’adore ! Il y a tellement de gens qui détestent
leur travail! Moi je l’adore, alors je n’ai vraiment
pas envie de m’arrêter ! C’est aussi pour
cela que j’ai réussi, c’est facile de réussir
quand on fait quelque chose qui vous plaît. Je coacherai
tant que ma santé me le permettra. 20 ans encore si je
peux ! Sur ma tombe j’aimerais qu’on inscrive «
he loved coaching football » . Mais je n’ai vraiment
pas envie de mourir !
Propos
recueillis par téléphone par Olivier Rival le
13/12/06
Article publié dans
le magazine EliteFoot mag de Mars
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